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**Gérald :**
Maintenant, on va rentrer un peu plus dans le détail de leur fonctionnement et je le répète une nouvelle fois — il y a plein de choses que j'aurai l'occasion de répéter plusieurs fois — on n'est pas sur de la psychologie sociale. On est vraiment sur des mécanismes individuels et internes.
On évite de faire du lien avec des choses qui sont différentes, tout comme c'est différent des blessures, vraiment différentes, ou différentes d'autres mécanismes qui viennent en ajout. Ça ne remplace pas tout le reste, c'est un complément, il y a plein de choses qui interviennent. Ah, nous retrouvons notre ami Scrat ! Alors on va faire un peu d'anthropomorphisme. Le Scrat que vous voyez là nous donne le sentiment d'une expression de la peur. Ce n'est pas le cas : c'est un personnage de bande dessinée qui n'a jamais existé et qui ne vit pas d'émotion, mais je trouve ça amusant. Il a pourtant obtenu son [incertain : gland], mais il y a des moments où, quand on l'a, on a peur de le perdre. Que contient ce segment du cours sur la compréhension des valeurs obsessives ? Trois points principaux. Le premier, on va distinguer les valeurs obsessives des valeurs harmonieuses.
**Gérald :**
Comprendre le principe des valeurs et des contre-valeurs : c'est un élément dont je n'ai pas parlé, ou que j'ai évoqué, mais là je vais revenir dessus. C'est-à-dire que dans les mécanismes obsessifs, on a l'expression de l'identité, et donc l'internalisation : j'ai besoin de cette valeur, c'est-à-dire que je ne suis plus dans un choix. Je suis dans une dépendance et j'ai un besoin. Donc on change de nature : ce n'est pas un besoin physiologique, c'est un élément lié à l'image sociale. Et ce mécanisme-là, quand il est présent, génial ; quand je ne l'ai pas, ce manque-là représente en fait la façon dont je me perçois quand je n'ai pas la valeur ou quand je ne suis pas la valeur. On appelle ça une contre-valeur. Ce mécanisme de principe valeur / contre-valeur fait qu'on va avoir des tensions internes, on va avoir des mécanismes de chercher à obtenir, chercher à éviter. Et tous ces éléments vont être ceux qui vont permettre d'identifier le comportement d'une personne, ce qui est en train de se passer dans sa vie, les choix qu'elle a pu faire et qui l'ont amenée là où elle est.
**Gérald :**
S'il n'y avait que des choses qui étaient vertueuses chez un humain, ce serait super et on n'aurait plus de métier, ou on aurait juste les gens qui se sont cassé une jambe en tombant de l'escalier, ce serait plutôt tranquille. Là, on a quand même régulièrement des personnes qui viennent parce que leurs mécanismes internes les ont amenées à se trouver dans la situation dans laquelle elles sont. Ce n'est pas comme ça qu'elles le voient, elles — rappelez-vous, c'est souvent à cause du feu rouge : « Putain de feu rouge ! Ce n'est pas moi qui suis en colère, c'est le feu rouge qui m'énerve ».
Dès lors qu'on dit le feu rouge, c'est un biais d'attribution pour le coup : c'est-à-dire qu'on est en train de dire que c'est le feu rouge qui a le pouvoir de m'énerver, ce n'est pas moi qui m'énerve. Dans les faits, c'est quand même moi qui m'énerve. Le feu rouge est le déclencheur externe qui active mes process internes. J'espère commencer peu à peu à apercevoir ce qu'on va chercher. Le feu rouge, c'est le feu rouge. En revanche, quel est le mécanisme interne qui fait que quand je suis en lien avec ce feu rouge, ça active la colère ? Quand j'ai ça, c'est cool parce que là je sais sur quoi je vais pouvoir travailler. Sinon, l'option c'est supprimer les feux rouges, faire en sorte que la personne ne voie plus les feux rouges : « Génial, allez, séance d'hypnose : à partir de maintenant, les feux rouges disparaissent de votre vie ! » Voilà, plus jamais de colère par rapport au feu rouge, il ne voit plus les feux rouges. Ça peut avoir deux-trois conséquences dans sa vie ! Ça, c'est une première option.
La deuxième option, ça pourrait être de faire en sorte que quand il est en relation avec le feu rouge, le mécanisme interne qui faisait qu'à un moment donné il s'énervait se désactive. C'est plus simple, c'est plutôt comme ça qu'on va aller bosser, ou qu'elle change sa manière d'être en relation avec le feu rouge et que ça devienne son meilleur ami — ou au moins affectueux, pas obligé d'aller jusqu'au meilleur ami quand même, mais en tout cas changer sa manière d'être en relation avec le feu rouge.
**Gérald :**
Et puis le dernier point, c'est comprendre la genèse des valeurs : comment les valeurs obsessives se créent. Dans cet élément de compréhension ou d'identification de la genèse, vous verrez que finalement il y a des moments où on pourrait être amené à aller travailler sur cette genèse-là. À quel moment elle s'est créée ? Parce que ce n'est pas un trait de personnalité au sens structurel, c'est plus dans le tempérament que dans l'identité intrinsèque de l'individu. On est sur l'ego avec les valeurs obsessives, on n'est pas sur l'identité pure de l'individu. C'est justement ce qui l'empêche d'avoir accès à son identité qu'on va travailler, et donc comprendre cette genèse des valeurs va vous donner le moyen de pouvoir agir ensuite.
Au sujet de l'exemple avec l'exercice visuel des poissons dans la mer, la question est de savoir si le dispositif n'est pas orienté pour amener une réponse précise. Lors de la première présentation de l'image, aucune consigne de lecture directe n'est donnée. L'image est affichée, puis la question est posée pour savoir qui a lu la formule « les poissons sont dans la mer ». Les participants répondent simplement par oui ou par non.
Par la suite, des mécanismes de rationalisation et des biais cognitifs de confirmation se mettent en place : le fait d'avoir pris connaissance de l'énoncé pousse ensuite chacun à vouloir valider sa propre perception. L'intérêt de cette expérience est de démontrer à quel point nous sommes convaincus que ce que nous conscientisons constitue la réalité objective. L'image demeure rigoureusement identique du début à la fin. Ce ne sont pas des contraintes extérieures qui imposent cette lecture, mais vos propres yeux et vos mécanismes cérébraux internes qui remappent et retraitent l'information. Si manipulation il y a, c'est notre propre cerveau qui nous manipule.
Pour comprendre la création et la constitution des valeurs, il convient d'observer la structure de l'identité en faisant abstraction de l'égo. Si l'on reprend la pyramide des niveaux logiques et la question « qui suis-je ? », cette identité est intégrale et apaisée au moment de la naissance. À cet itinéraire initial, le monde est perçu de manière globale et l'enfant n'a pas encore conscience de son individualité propre.
Au cours de l'existence, l'individu explore de multiples domaines pour expérimenter le monde. Cependant, durant l'enfance ou l'adolescence — périodes privilégiées de formation des valeurs obsessives —, un événement particulier survenu dans l'environnement vient frapper l'identité comme un coup de tonnerre. L'expérience vécue remet alors en question la perception de soi : l'enfant n'interprète pas la situation comme un dysfonctionnement du monde extérieur, mais comme une faille personnelle. Il conclut que quelque chose ne va pas chez lui, ce qui vient créer une fissure au sein de son identité.
Cette fissure identitaire relève exclusivement d'une représentation subjective et n'a pas de lien direct avec la réalité factuelle. Elle dépend uniquement du regard porté par l'individu sur lui-même et sur la situation à un instant précis. Ainsi, plusieurs personnes confrontées à un événement rigoureusement identique réagiront de manière distincte :
* Pour certaines, l'événement passera totalement inaperçu sans laisser de trace ;
* Pour d'autres, il sera vécu comme une remise en cause personnelle selon un angle très spécifique ;
* Pour d'autres enfin, la remise en question portera sur l'environnement extérieur et non sur elles-mêmes.
À titre d'illustration, lors d'une scolarité d'adolescent au Prytanée national militaire de La Flèche — un établissement où tous les élèves évoluent en tenue de combat —, un professeur d'allemand avait pour habitude de distribuer les devoirs en énumérant les notes par ordre croissant, de la plus basse à la plus élevée, à haute et intelligible voix.
Habitué à une moyenne de 5 ou 6, l'attente lors de la distribution des copies voyait défiler les notes : 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 13... À l'annonce de la note 14, l'enseignant déclara : « Monsieur Vasselle, une fois n'est pas coutume : 4 ». L'ascenseur émotionnel et les moqueries de la classe ont transformé ce moment en un effondrement. L'expérience n'a pas été interprétée comme une simple note scolaire, mais comme une remise en cause identitaire profonde, provoquant un sentiment d'inutilité et de faiblesse absolue.
Ressentir une telle faille identitaire est insupportable pour l'esprit. L'empreinte émotionnelle laisse une marque durable appelée « contre-valeur » — dans ce cas précis, le sentiment d'être faible. Pour s'extraire de cet état de vulnérabilité, le système doit construire une réponse.
Le système néolimbique fonctionnant de manière binaire et polarisée, il cherche immédiatement l'opposé de la contre-valeur : la force. La force devient alors une valeur obsessive. Elle n'est pas développée pour ses vertus propres, mais comme un moyen permanent de se prouver que l'on n'est pas faible. Un double mouvement s'installe : fuir la contre-valeur (la faiblesse) et tendre vers la valeur (la force). La valeur devient un Graal pour tenter de recouvrir la faille. Toutefois, masquer une fissure ne la guérit pas, et le mécanisme reste actif en toile de fond.
Au fil des années, la valeur s'enracine et génère un ensemble de comportements, de schémas cognitifs et de croyances. Pour se prouver sa force, l'individu va systématiquement analyser son environnement pour y détecter tout ce qui valide sa puissance ou tout ce qui risque de révéler sa faiblesse.
Même lorsque l'événement originel est oublié, la faille sous-jacente demeure active comme un volcan prêt à réactiver le sentiment de vulnérabilité. Il s'agit bien d'un système de croyances et non d'une réalité objective. Au cours de la vie, d'autres expériences peuvent créer de nouvelles failles et déclencher d'autres mécanismes de compensation.
La notion de traumatisme s'évalue uniquement du point de vue de celui qui le vit, indépendamment de la gravité objective des faits. Un événement majeur peut ne déclencher aucune valeur obsessive, tandis qu'une situation en apparence banale peut être vécue de façon dramatique.
Par exemple, un enfant de 4 ou 5 ans attendant dans le hall de son école à 18h00 alors que ses parents sont en retard peut vivre la scène en s'amusant. Un autre enfant peut l'interpréter comme la preuve qu'il n'est pas aimable. Cette interprétation simpliste installe la contre-valeur de l'abandon ou du fait de ne pas être digne d'amour, ce qui déclenchera en réponse la valeur obsessive de recherche d'amour et de reconnaissance.
Face au vécu d'insuffisance, des mécanismes de défense inconscients s'activent. Le néolimbique divise le monde de façon binaire : fort ou faible, aimé ou rejeté. La quête permanente de la valeur ne nettoie pas le traumatisme initial ; elle ne fait que le masquer.
À l'image d'une plaie que l'on recouvrirait sans la nettoyer, le tissu continue de s'infecter sous le pansement et devient de plus en plus sensible au moindre contact. À l'inverse d'un soin réel qui permet la cicatrisation et l'apaisement de la marque, le mécanisme de compensation entretient l'ultrasensibilité de la faille identitaire.
À partir d'un certain instant, un système de tiraillement ou de double lien s'installe. On se retrouve coincé dans une dynamique où l'on cherche à tout prix à obtenir une valeur obsessive tout en voulant absolument éviter sa contre-valeur. En cherchant à éviter cette contre-valeur et en voulant atteindre cette valeur, on chausse une paire de lunettes particulière qui filtre notre perception.
Imaginez que vous sortiez dans la rue avec une peur panique des voitures blanches. Inconsciemment, vos sens vont se mettre à l'affût de tout ce qui est blanc pour éviter d'y être confronté ou de le rencontrer. Voir une voiture blanche activerait un mécanisme immédiat de stress, de peur, de colère ou de tristesse. Pour éviter cette confrontation, vos sens restent en éveil permanent : tout ce qui se rapproche d'un objet blanc attire votre attention. Parce que la situation semble dangereuse, vous devenez extrêmement attentif et vous finissez par voir des voitures blanches partout.
À l'inverse, une personne indifférente aux voitures blanches mais préoccupée par les voitures rouges focalisera ses sens sur la couleur rouge. Si deux personnes aux préoccupations différentes se croisent, la première s'étonnera du nombre impressionnant de voitures blanches, tandis que la seconde remarquera une profusion de voitures rouges. Chacun active ses sens et traite l'information inconsciemment en lien avec sa propre problématique.
Prenons l'exemple de la force et de la faiblesse. Je peux devenir hypervigilant à tout ce qui pourrait indiquer une faiblesse, afin de tenter de me prouver que je suis fort. Pour éviter de révéler cette faiblesse, je vais scruter le moindre élément susceptible d'activer cette faille et déclencher le moteur qui me prouvera ma force.
Ce mécanisme influence directement notre manière d'être en relation, nos comportements, nos choix, nos activités sportives et jusqu'aux films que nous regardons (par exemple, préférer James Bond à Blanche-Neige).
Ce fonctionnement crée un moteur motivationnel à double détente :
La recherche du plaisir : Vivre la valeur procure une forme de plaisir liée à l'excitation ou à la victoire (par exemple, réussir un challenge ou rechercher la reconnaissance).
La peur et le stress : Une appréhension s'installe à l'idée de perdre cette valeur. Des éléments de l'environnement peuvent nous laisser croire que notre force ou notre valeur est remise en question, nous faisant basculer vers la contre-valeur.
Lorsque la contre-valeur s'active, un réflexe de fuite s'enclenche instantanément pour échapper à la douleur. Il ne s'agit plus de chercher du plaisir, mais de fuir la souffrance.
Ce système peut nous amener à deux situations :
Agir sous le coup de l'émotion : Chercher une issue immédiate pour retrouver la valeur et réactiver le circuit du plaisir.
S'engluer dans la douleur : Rester enfermé dans un cercle vicieux sans trouver de moyen d'en sortir.
Dans ces moments, nous ne sommes pas dans un choix consciemment élaboré. Ce sont les émotions, le stress et la recherche de soulagement qui prennent les commandes. La valeur et la contre-valeur choisissent à notre place, guidant nos pensées, nos actions et notre manière d'interpréter la réalité.
Considérons l'exemple d'un dirigeant d'entreprise venu me consulter après quatre infarctus. Toute sa carrière avait été construite sur la nécessité absolue de se prouver qu'il était fort et de fuir la sensation de faiblesse.
L'origine de ce mécanisme remontait à ses 6 ans : dans la cour de récréation, deux élèves plus âgés lui avaient volé ses billes, son plus grand trésor. À cet instant, il n'avait pas seulement vécu l'événement comme une injustice, mais comme une preuve d'incapacité personnelle à protéger ce qui lui était cher. Il en avait conclu qu'il devait devenir fort à tout prix. Ce moteur l'a propulsé au sommet professionnel, mais au prix de sa santé et d'une quête sans fin, car aucune preuve externe ne suffit jamais à éteindre un mécanisme automatique.
Comme nous cherchons à nous prouver que nous incarnons la valeur tout en craignant d'être la contre-valeur, nous attendons parfois du monde extérieur qu'il nous apporte cette réassurance.
Il est fréquent de s'entourer de personnes qui incarnent la valeur recherchée :
Dans la dynamique beauté / laideur, une personne habitée par la peur d'être laide pourra rechercher un conjoint perçu comme très beau pour se rassurer sur sa propre valeur.
Dans la dynamique intelligence / bêtise, une personne craignant d'être bête cherchera la proximité de personnes intelligentes pour valider sa propre intelligence.
En résumé, lorsque nous sommes gouvernés par ce principe obsessif, ce ne sont pas nos choix conscients qui guident nos vies, mais les schémas de réaction face à nos valeurs et contre-valeurs.
Ce moteur inconscient dicte nos réponses : il nous pousse irrémédiablement à chercher la valeur et à fuir la contre-valeur. Une fois la valeur atteinte, la tension consiste à vouloir la maintenir tout en redoutant de la perdre.
Quand le moteur s'emballe :
L'obligation d'obtenir ou de conserver la valeur devient absolute. Nous développons des œillères et la réalité se réduit à une alternative rigide : « je suis la valeur » ou « je suis la contre-valeur ». Il n'y a plus aucune liberté.
Penser de soi qu'on incarne la contre-valeur est vécu comme une violence extrême.
Quand le moteur se grippe :
La personne se retrouve engluée dans la contre-valeur avec le sentiment d'une fatalité. L'énergie s'éteint et la capacité d'action s'effondre.
Cela survient parfois après une quête perpétuelle de preuves où, malgré tous les succès accumulés, plus aucune réussite ne suffit à combler le vide intérieur.
Lorsqu'un mécanisme de valeur s'active, l'individu entre dans une forme d'excitation, prêt à courir après la valeur. Une fois qu'il bondit et l'atteint, il ressent un contentement, un plaisir et une satisfaction.
Tout ce processus est fortement émotionnel. Il active des émotions primaires et de bas niveau. Par exemple, lorsqu'un risque de perte apparaît, une peur surgit brusquement (peur du vol ou de la perte). Si la perte se confirme, la personne peut basculer très rapidement en mode colère.
Ces mécanismes de défense et de réaction se déclenchent à grande vitesse. Quand la personne vit la contre-valeur, la situation devient insupportable : elle doit absolument en sortir pour retrouver sa valeur, ou bien elle s'installe dans la complainte d'être définitivement la contre-valeur.
Ces interactions entre moteurs internes occupent une place prépondérante dans la vie quotidienne. La réception d'un e-mail, une remarque ou la projection d'un événement suffit à déclencher le mécanisme. Cela biaise la rationalisation et les choix de tous les jours.
Par exemple, si une personne possède une valeur obsessive liée au respect, le retard d'un tiers active sa faille : la peur de ne pas être respectable. Il s'agit d'une croyance et d'une appréhension, non d'une vérité absolue. La personne interprète ce retard comme une preuve qu'on ne la respecte pas, et par extension, qu'elle n'est pas respectable. Le même scénario se rejoue continuellement à des intensités variables. En réalité, la personne en retard peut simplement avoir d'autres préocupations, sans lien avec ce besoin de respect.
Il n'existe pas de mécanisme conscient ou inconscient qui nous place volontairement dans des situations de faiblesse dans le seul but de prouver notre force.
Le fonctionnement réel est différent : pour se prouver sa force, l'individu place la barre de plus en plus haut. À force de monter les exigences, un dérapage finit par se produire. L'échec à obtenir la preuve de sa force est alors interprété comme une preuve de faiblesse.
Le cerveau navigue ici entre la route de la peur et la route du plaisir. À vouloir aller trop loin, le risque d'erreur augmente. Ce principe s'applique aussi à la valeur amour : la peur de ne pas être aimable pousse à quémander constamment de la reconnaissance. L'absence de réponse confirme l'appréhension initiale, sans qu'il y ait eu de recherche volontaire de la contre-valeur.
Il existe des périodes privilégiées pour la génération de valeurs :
● Avant l'âge de 7 ans.
● Entre 7 et 14 ans.
● Aux alentours de 14 ans (période de l'adolescence), lors de la rencontre avec l'autre sexué et la réappropriation de soi.
Bien qu'il soit possible de créer une nouvelle valeur plus tard (vers 35 ou 40 ans), cela reste exceptionnel. La plupart du temps, les comportements ultérieurs sont des répliques des premières valeurs intégrées. Une nouvelle faille n'apparaît tardivement que si l'individu vit une expérience inédite que le cerveau ne peut rattacher à ses valeurs initiales.
La contre-valeur découle de la génération d'un traumatisme. Elle correspond au jugement négatif et impératif sur son propre être porté lors d'un événement non surmonté (ex. : « je suis nul », « je suis faible »). Cette cristallisation constitue la faille identitaire.
Pour éviter de faire face à cette contre-valeur, l'individu développe une valeur compensatoire obsessive. L'objectif du néolimbique — qui gère ce mécanisme binaire lié à l'image sociale — est de prouver l'inverse :
● Si la contre-valeur est « je suis faible », la valeur compensatoire devient « je suis fort ».
● Ces deux éléments se répondent de manière binaire et systématique.
L'obtention de la valeur procure un plaisir intense et devient une preuve, un Graal. Envisager d'atteindre la valeur active la route du plaisir, l'une des deux routes cognitives et physiologiques du cerveau (avec l'évitement de la souffrance) qui créent de la motivation et de la mise en mouvement.
Cependant, dès que la valeur est atteinte, le doute s'installe quant à la possibilité de la perdre. L'individu scrute son environnement à la recherche d'indices négatifs, instaurant une vigilance permanente qui favorise les erreurs.
Dans un contexte de jeu (comme une partie de ping-pong), la personne animée par la valeur « force » ne joue plus pour le plaisir du jeu, mais pour l'enjeu de prouver sa force. En cas d'échec, le stress s'active. Paradoxalement, lorsque l'individu renonce à prouver sa force, la tension chute et la capacité de jeu redevient fluide et libre.
Lorsque ce mécanisme est actif, l'individu attend que le monde extérieur lui apporte la preuve de sa valeur (respect, intelligence, justice, beauté). Il devient quémandeur et dépendant des autres :
● Si les autres apportent la preuve, la situation est perçue comme positive.
● Si les autres ne l'apportent pas, cela devient une catastrophe.
Cette dépendance retire à la personne le contrôle de ses ressentis et renforce sa vulnérabilité au stress.
De plus, ces mécanismes ne sont pas actifs en permanence. Ils s'expriment selon des contextes spécifiques (professionnel ou personnel). Lorsqu'une valeur s'active, elle agit comme un filtre déformant à travers lequel la personne interprète, juge et argumente, souvent sans conscience de son propre enfermement.
Un individu possède généralement environ trois valeurs obsessives prégnantes. Voici quelques exemples fréquents d'oppositions :
Valeur obsessive Contre-valeur (Peur fondamentale)
Justice Injustice
Respect Irrespect / Peur de ne pas être respectable
Intelligence Bêtise / Peur d'être bête
Beauté Laidure / Peur d'être laid
Force Faiblesse / Peur d'être faible
Amour / Reconnaissance Rejet / Abandon
Loyauté Trahison
Liberté Contrainte
Pouvoir Humiliation
Non, une situation ne détermine pas la valeur. Deux personnes traversant le même événement peuvent développer des valeurs totalement différentes, voire aucune.
L'événement n'est qu'un déclencheur contextuel. Ce qui importe est la manière dont l'individu entre en relation avec l'événement :
● Si l'événement déclenche une remise en question de sa capacité d'être, il y a risque de création d'une contre-valeur.
● Le choix de la contre-valeur dépend des traits de personnalité, de l'âge et de la phase de vie de l'individu.
Il n'existe donc pas de dictionnaire automatisé associant un traumatisme spécifique à une valeur donnée. L'information réside exclusivement chez la personne qui a vécu l'expérience.