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Maintenant, nous allons nous intéresser à l'impact des valeurs dans la communication.
Que veulent-elles dire et quelle est leur place exacte ?
Dans les modèles de communication, qui sont assez récents — moins d'un siècle en réalité —, il arrive parfois que l'on confonde ou que l'on mélange plusieurs théories. J'entends ainsi très régulièrement parler des 5 blessures de Lise Bourbeau. Beaucoup de personnes souhaitent aborder les valeurs comme si elles étaient en lien direct avec ces 5 blessures. Je souhaite donc procéder à un petit recadrage immédiatement.
Il existe des différences fondamentales entre les blessures de Lise Bourbeau et les valeurs. La première différence réside dans leur état d'activation. Dans le modèle des 5 blessures, les éléments ne sont pas forcément actifs. Cela peut être actif ou passif.
En revanche, pour les valeurs obsessionnelles, nous nous intéressons exclusivement aux valeurs actives. Une valeur est obsessionnelle à partir du moment où elle est active, c'est-à-dire présente à chaque instant et agissante sur l'individu.
Dans la représentation de Lise Bourbeau, une blessure est générée très tôt et peut avoir des conséquences à plein de niveaux. Elle peut être passive au sens où elle n'est plus agissante à un instant T, même si l'on continue de la percevoir en raison de ses effets passés. À l'inverse, dans le modèle des valeurs obsessionnelles, les valeurs sont toujours agissantes et actives.
Une autre différence réside dans la quantité : il existe 5 blessures, là où l'on compte des milliers de valeurs. Lise Bourbeau a catégorisé l'humain en 5 blessures, dont chacun possède au moins deux spécificités.
Pour les valeurs obsessionnelles, il en existe plusieurs milliers et nous ne allons pas les apprendre par cœur. L'idéal est que ce soit l'autre personne qui nous les apporte, sans qu'on lui pose la question directement, car elle ne les connaît pas sciemment. Nous ne cherchons pas à classifier les individus dans des boîtes. Nous sommes beaucoup plus ouverts et à l'écoute de chaque personne.
Les blessures sont présentées comme structurelles, alors que les valeurs se positionnent sur l'étage des croyances. De plus, les valeurs obsessionnelles sont connectées à des contre-valeurs. On se retrouve sur un mécanisme de « valeur contre contre-valeur » bien spécifique.
Si vous connaissez les 5 blessures, je vous demande de les mettre de côté le temps de ce cours. Vous pourrez refaire des passerelles plus tard si vous le souhaitez, mais nous sommes sur des modèles vraiment différents.
Dans toute communication, nous retrouvons la dynamique classique entre un émetteur et un récepteur. L'émetteur est souvent représenté par la bouche, ce qui demeure très subjectif car l'émission d'un message ne passe pas exclusivement par la parole. Le récepteur, quant à lui, est représenté par les yeux et les oreilles.
Cette modélisation reste une simplification. Dans la réalité de tout échange, l'émetteur est simultanément récepteur, et le récepteur est lui-même émetteur. L'interaction va constamment dans les deux sens à travers le canal verbal, paraverbal et non verbal.
Toute communication s'inscrit au cœur d'un contexte spécifique. Ce contexte englobe la relation entre les deux individus, le lieu, la situation ainsi que le moment de la journée. Tous ces facteurs influencent la qualité du message.
Bien que l'on imagine souvent que nos paroles sont le fruit d'un processus pleinement conscient, l'inconscient occupe une place prépondérante. Lors d'un échange direct et spontané, les mécanismes internes inconscients s'activent fortement. Les pensées qui arrivent à la conscience ne sont que le résultat d'un traitement d'informations sous-jacentes.
Le message transmit comporte trois composantes principales :
La composante verbale (les mots utilisés).
La composante paraverbale (le ton, l'intonation, le volume, le rythme, le débit).
La composante non-verbale (les expressions faciales, le regard, la posture, la gestuelle).
Le paraverbal et le non-verbal représentent à eux deux plus de 90 % de la quantité d'informations envoyées. Il est crucial de comprendre à quoi correspond ce pourcentage : il s'agit du volume d'éléments d'information émis et non de l'importance absolue du message. Lorsqu'on prononce un simple mot comme « Bonjour », le mot en lui-même (verbal) représente une information brève. En revanche, les variations d'intonation (paraverbal) et les mouvements du visage ou du regard (non-verbal) multiplient le nombre de signaux transmis. Se focaliser uniquement sur le verbal revient donc à ignorer la majorité des informations diffusées.
Toute communication est portée par une finalité de la part de l'émetteur, qu'elle soit consciente ou inconsciente. Il arrive très souvent qu'une personne poursuive simultanément deux finalités : une finalité consciente (par exemple, passer un bon moment) et une finalité inconsciente (comme rechercher du soutien ou de l'approbation).
Lorsque le verbal, le paraverbal et le non-verbal sont parfaitement alignés, le message est dit congruent ou cohérent. À l'inverse, l'incongruence survient lorsqu'un décalage apparaît entre ce que dit la bouche et ce que traduisent la voix ou le corps. Cette incohérence est le signe direct d'un conflit interne entre la finalité consciente et la finalité inconsciente.
Pour le cerveau (et plus particulièrement au niveau néolimbique), le flou et l'incertitude sont particulièrement inconfortables. Le système cognitif préfère ainsi construire une fausse raison plutôt que d'affronter le vide. Lorsqu'une personne se trouve face à une difficulté, elle va souvent justifier sa situation par des explications toutes faites, des causalités ou des responsabilités externes. C'est ce que l'on appelle les « paquets cadeaux ».
Il s'agit de justifications rationnelles élaborées involontairement par l'individu. Pour le praticien ou le communicant, il est indispensable de faire la distinction entre ces histoires rationalisées et les véritables leviers inconscients de la personne.
Les valeurs obsessionnelles s'imposent à l'individu de manière irrépressible. Elles agissent directement sur nos finalités inconscientes et pilotent nos réactions.
Par exemple, une personne peut accepter de prêter de l'argent alors qu'elle souhaitait initialement refuser. Ce « oui » incongruent s'explique par un mécanisme sous-jacent : une préoccupation liée à son image sociale. La peur de la détérioration de son image à travers le regard de l'autre devient plus douloureuse que la perte d'une somme d'argent. Le filtre inconscient vient alors modifier, modeler ou masquer le message originel, aussi bien du côté de l'émetteur que dans la perception du récepteur.
Faisons un petit jeu ensemble, car c'est toujours une excellente manière d'apprendre.
Pour cette expérience, je vais solliciter les tuteurs.
Le principe est très simple : je pose des questions et vous y répondez exclusivement par oui ou par non dans le chat. Si votre réponse est oui, mettez un pouce sous le oui.
Si c'est non, mettez-le sous le non. Sauf consigne contraire de ma part, tenez-vous-en strictement à ces deux options.
C'est parfait.
Si vous êtes prêts, nous pouvons commencer.
Les poisons sont dans la
la mer.
Regardez bien l'image qui s'affiche. Elle présente un décor avec des poissons et une courte phrase écrite en blanc.
J'espère que vous avez pris le temps de la lire attentivement.
Question : qui a lu « les poissons sont dans la mer » ? Répondez par oui ou par non dans le chat.
Les premiers résultats tombent : 10, 11, puis 12 réponses positives. Attention, il est essentiel de jouer le jeu au rythme de la présentation. Ne mettez pas la vidéo en pause et ne revenez pas en arrière, sinon l'expérience perd tout son intérêt pédagogique.
Pour les 12 personnes qui affirment avoir lu « les poissons sont dans la mer », êtes-vous prêtes à parier ? Si oui, écrivez dans le chat ce que vous mettez en jeu. De mon côté, je verrai si je relève le défi !
Rappelez-vous : tricher n'est pas jouer. L'apprentissage est bien plus percutant si vous vivez l'expérience en temps réel. Alors, qui ose se mouiller ? Personne ne veut prendre de risque ? Vous êtes à distance, vous pourriez parier des croissants... ou une séance d'accompagnement ! Quelqu'un propose une séance : si la personne gagne, je lui offre une consultation ; si je gagne, elle m'en offre une. Pari tenu ! Une autre personne parie une bière, une autre du champagne. C'est noté.
À ce stade, nous avons 17 votes pour « les poissons sont dans la mer » et 9 personnes qui déclarent avoir lu autre chose. Nous venons de passer une phrase très courte, en y consacrant du temps, et dès la première lecture, impossible de tomber d'accord. Même s'il y a une majorité apparente, près d'un tiers du groupe lit autre chose.
Je vous réaffiche l'image. Prenez à nouveau le temps d'observer cette phrase avec attention. Qui lit toujours « les poissons sont dans la mer » et qui lit autre chose ?
Regardons l'évolution des votes : 7 personnes pour la première option, puis 10... et subitement 13 personnes pour autre chose ! Certains changent d'avis en cours de route. La première fois, nous avions 15 personnes pour « les poissons » et 9 pour « autre chose ». Cette fois, la tendance s'inverse. C'est fascinant : sur une toute petite phrase, après deux lectures, l'unanimité reste introuvable.
Je vous réaffiche la phrase une troisième fois. Prenez votre temps, nous cherchons le consensus. Qui lit « les poissons sont dans la mer » ? Les enjeux montent-ils ?
Les chiffres parlent : seulement 5 personnes maintiennent « les poissons sont dans la mer », tandis que 16 lisent autre chose. C'est la troisième fois que l'image passe sous vos yeux. Nous recevons tous le même signal vidéo, sans aucune altération. En tant qu'êtres rationnels, nous devrions tous percevoir exactement la même chose. Et pourtant, le décalage persiste.
Certains commencent à douter de leur propre perception : « Comme la majorité vote contre mon impression, vais-je me ranger de son côté ? » Observez ce qui se passe dans votre esprit à cet instant précis.
Posons une nouvelle question. Qui a lu « les poisons sont dans la mer » (avec un « o » et un « s » de moins à poisson) ?
Observez également ce qui se passe dans le chat : certains participants ne répondent pas par oui ou par non, mais écrivent des explications détaillées. Pourquoi ? Quels mécanismes internes inconscients vous poussent à outrepasser une consigne pourtant simple ? Êtes-vous conscient de ce besoin de vous justifier ou de dépasser le cadre fixé ?
Relançons le vote sur « les poisons sont dans la mer ». Subitement, nous obtenons 21 réponses positives ! L'unanimité semble presque atteinte. Les paris s'enflamment : muscadet, séances supplémentaires, les enjeux grimpent.
Pourtant, en observant de plus près, le groupe se divise à nouveau : 13 personnes lisent « les poisons sont dans la mer » et 11 personnes continuent de lire autre chose ! Même après six lectures d'une phrase d'une simplicité enfantine, le désaccord demeure.
Il est temps de dévoiler ce qui est réellement écrit sur cette image. La phrase exacte écrite dans le rond bleu est :
« Les poisons sont dans la la mer ».
Il y avait deux pièges : le mot « poisons » (au lieu de poissons) et le mot « la » répété deux fois à la suite.
Pourquoi cet exercice est-il si révélateur ? Il démontre la manière dont notre cerveau retraite en permanence les informations reçues par nos sens avant de les transmettre à notre conscience. Votre cerveau filtre, corrige, modèle et agence ce qu'il voit pour lui donner du sens par rapport à ses attentes préalables. Vous étiez convaincus de lire « les poissons sont dans la mer » au point de vouloir parier du champagne ou des consultations, alors que ce n'était tout simplement pas écrit à l'écran.
Dans la vie quotidienne, nous recevons une quantité phénoménale d'informations. Si notre cerveau altère une simple phrase sous nos yeux, imaginez à quel point nos perceptions, nos interprétations et ce que nous considérons comme « la réalité » peuvent être déformées. Nous croyons fermement que ce que nous voyons, entendons ou ressentons est la réalité pure, alors qu'il s'agit d'une construction de notre esprit.
C'est sur cette réflexion fondamentale sur la perception et la conscience que nous faisons une pause. Reprise dans 15 Minutes pour débriefer ensemble les mécanismes cognitifs sous-jacents. Merci à tous d'avoir joué le jeu !
Lorsqu'un individu lit une phrase, son environnement direct et les éléments graphiques environnants modifient son interprétation globale. Dans l'exercice présenté, l'illustration comportait de nombreux poissons. La présence de cet univers marin amène le cerveau à anticiper naturellement le mot « poissons » plutôt que « poisons ». Les yeux perçoivent la réalité physique du texte (« les poisons sont dans la la mer »), mais le système nerveux procède à une réinterprétation immédiate du signal visuel.
Le signal capté par l'œil est envoyé vers différentes zones spécialisées du cerveau, notamment celles gérant la sémantique et le repérage spatial. Toutes ces informations sont synthétisées avant d'être transmises à la conscience. Par conséquent, la conscience ne reçoit pas la perception brute recueillie par l'œil, mais le résultat du traitement cérébral. Si le cerveau estime qu'il y a une incohérence ou une faute d'orthographe, il la corrige de manière totalement inconsciente. Une fois convaincu d'avoir lu une version spécifique, l'œil cherche uniquement à confirmer cette première impression lors des lectures suivantes.
Lorsqu'un mot court d'une seule syllabe est répété en fin de ligne puis en début de ligne suivante, le traitement cérébral élimine automatiquement l'un des deux éléments. Dans l'exemple « dans la la mer », le second « la » est généralement supprimé par le mental, qui considère cette répétition comme une erreur d'impression. Le cerveau modifie ainsi la réalité perçue et la présente à la conscience comme la vérité absolue, sans solliciter l'avis de l'individu.
Dans le cadre d'un échange humain ou d'une consultation, il existe un décalage systématique entre ce qu'une personne exprime, la façon dont le cerveau du thérapeute retraite cette information et la manière dont il la met en cohérence avec ses propres croyances. Pour un professionnel de l'accompagnement, il est fondamental de sortir de ce fonctionnement automatique. Le praticien doit apprendre à douter de ses propres interprétations et à mettre de côté ses croyances personnelles pour se mettre pleinement au service de l'autre. La synchronisation constitue l'un des outils majeurs pour maintenir cette posture de neutralité et de présence aux faits.
Passons à un nouvel exercice. Pour celui-ci, munissez-vous d'une feuille et d'un stylo. Je vais vous projeter un court extrait de film d'environ une minute mettant en scène deux personnages : un homme et une femme. L'instruction est simple : notez quatre éléments importants qui permettent de définir qui sont ces personnages de manière intrinsèque.
À la suite du visionnage, les réponses collectées dans le chat ont été très nombreuses. Pour l'homme, les qualificatifs proposés sont : « autoritaire, violent, rigide, agressif, impatient, persécuteur, imbu de sa personne, méchant, manipulateur, maniaque, colérique ». Pour la femme, les retours mentionnent : « soumise, effacée, victime, craintive, inquiète, dévouée, passive, peu confiante en elle ».
Tous ces qualificatifs sont des jugements de valeur et des projections personnelles. Ils ne constituent pas des données factuelles sur ce que sont réellement ces personnages, mais traduisent uniquement ce que les observateurs pensent d'eux à travers leur propre filtre culturel et émotionnel.
Dire « cet homme est violent » est un jugement. Le fait observable est : « il a donné une claque ». La claque est une donnée factuelle et concrète. Qualifier la personne de « violente » revient à lui apposer une étiquette définitive. Cette interprétation renseigne sur l'observateur et ses représentations, non sur la personne observée.
À l'inverse, observer qu'« il porte une chemise blanche », qu'« elle porte une robe noire », qu'« il prend l'objet cassé », ou citer textuellement la réplique « quand c'est blanc, c'est blanc » constitue un relevé de faits purs. Y ajouter « donc il est rigide » relève d'un glissement vers le jugement.
Lorsqu'un thérapeute ou accompagnant ajoute des interprétations, il se coupe de la réalité du consultant. Si vous recevez une personne en la jugeant au préalable autoritaire, rigide ou violente, vous détruisez la possibilité de créer une alliance thérapeutique authentique. En la cataloguant ainsi, votre attention se focalisera exclusivement sur les signaux qui viennent confirmer votre étiquette préalable.
Ce qui importe en accompagnement, ce n'est pas votre opinion sur le consultant, mais la manière dont il fonctionne selon ses propres filtres. L'objectif est d'accéder au processus interne de l'autre, à sa grille de lecture et à sa relation au monde. Ce que vous pensez de lui n'a aucune importance professionnelle : ce qui compte, c'est la façon dont lui-même se perçoit.
Durant l'exercice, beaucoup ont affirmé : « elle a peur des réactions de son mari ». Pourtant, rien dans l'extrait ne précise ni n'indique qu'ils sont mari et femme. C'est notre culture qui comble automatiquement les manques d'informations en façonnant un contexte imaginaire.
Pour illustrer ce point, un patient m'a consulté un jour pour une dépression liée au rejet de sa famille à sa sortie de prison. Lorsque je lui ai demandé le motif de sa condamnation, il a expliqué avoir violé son petit frère. Il ne manifestait ni culpabilité ni remords par rapport à l'acte, sa souffrance venant exclusivement de l'isolement familial. Dans une telle situation, si le thérapeute intervient en juge, en policier ou en moraliste, l'accompagnement devient totalement impossible. La posture professionnelle exige une neutralité absolue.
Nous venons d'observer la rapidité avec laquelle le cerveau humain retombe dans le piège de prendre ses représentations pour la réalité. Dans la vie quotidienne, notre esprit recourt à des raccourcis cognitifs et à des rationalisations. En consultation, l'hypnothérapeute doit faire le parcours inverse : mettre en suspend ses filtres automatiques, s'en tenir strictement aux faits observables et explorer les mécanismes d'internalisation du consultant pour comprendre sa représentation du monde.
Nous sommes rarement connectés aux faits réels, privilégiant plutôt notre propre représentation mentale de la réalité. Lors des exercices d'observation, la majorité des retours formulés par les accompagnants comportent très peu d'éléments factuels et énormément de jugements ou d'interprétations. Le cerveau retraite les informations brutes à la manière du biais visuel « les poisons sont dans la la mer ». Pour être efficace, la pratique professionnelle exige une présence totale à ce qui est dit et fait, permettant ainsi une analyse objective plutôt qu'une réaction basée sur nos propres filtres.
Des études récentes sur l'intuition révèlent des nuances fondamentales. Dans les métiers techniques et routiniers où l'expérience s'accumule sur des décennies (comme chez un artisan plombier), l'apprentissage inconscient rend l'intuition fiable dans plus de 50 % des cas. À l'inverse, dans les sciences humaines et la relation d'aide où la matière est vivante et complexe, l'intuition se trompe dans plus de la moitié des situations. Bien qu'elle se nourrisse de nos connaissances et de notre vécu, l'intuition comporte trop de variables pour être suivie aveuglément. Elle constitue une simple hypothèse qu'il convient impérativement de faire valider par l'inconscient du consultant.
Lorsqu'un praticien qualifie un consultant de « violent », il exprime un jugement issu de sa propre grille de lecture. Ce qui importe, c'est la façon dont le consultant se perçoit lui-même : se voit-il comme rigoureux, bienveillant, ou intransigeant ? Seul son inconscient détient cette information authentique. Si l'on interroge le conscient, la personne formulera une réponse rationalisée et sociale. Pour saisir la réalité du fonctionnement d'un individu, il faut interroger la partie inconsciente qui pilote véritablement ses processus internes.
L'être humain fonctionne comme une machine à interpréter et à attribuer des causes aux comportements d'autrui. Nous retenons des étiquettes (impatience, autorité, méchanceté) au lieu de mémoriser les faits bruts (comme le geste d'une claque). Deux biais cognitifs majeurs interviennent dans ce processus :
* **Le biais de rationalisation :** notre esprit formule une décision ou une opinion émotionnelle, puis construit une argumentation logique pour justifier son choix a posteriori.
* **Le biais d'attribution :** nous assignons des caractéristiques internes aux individus pour expliquer leurs actes, au lieu de considérer l'ensemble du contexte.
Dans la vie quotidienne, laisser agir ces automatismes cérébraux est naturel. En revanche, lorsqu'un praticien endosse sa casquette d'hypnothérapeute, il doit suspendre ses habitudes d'interprétation. Les mécanismes de projection et de jugement sont universels : le consultant y est soumis, mais le thérapeute l'est tout autant. Comprendre ces biais permet de réajuster sa posture, d'éviter d'imposer ses croyances et de rester pleinement au service de la personne accompagnée.
**Gérald :** Les valeurs sont positionnées sur l'étage des croyances et donc dans la pyramide de Dilts, rappelez-vous, on a l'environnement, les comportements, les capacités, les émotions, les croyances, les valeurs. Les valeurs obsessives... Les valeurs harmonieuses sont à un autre endroit. Les valeurs obsessives sont des métacroyances, c'est-à-dire une croyance qui regroupe plein d'autres croyances. Quand on tombe sur une valeur ou quand on identifie une valeur, c'est comme un arbre décisionnel, ce n'est pas une valeur. C'est que derrière cette valeur, il y a tout un ensemble de croyances qui sont attachées et qui sont toutes regroupées derrière cette valeur.
**Gérald :** Là ça a une importance parce que quand on a identifié une valeur qui est en lien avec la problématique, la demande de la personne, on ne va pas chercher toutes les valeurs d'une personne, ça n'a pas d'intérêt. On va chercher celles qui sont en lien avec ce pourquoi elle vient nous voir. Quand on l'a identifiée, on va avoir en fait tout un panel, tout un ensemble de croyances qui sont attachées et, en fonction des valeurs, on va retrouver assez régulièrement les mêmes types de croyances chez les individus et il y en a aussi qui sont différentes, donc c'est important d'être présent à l'autre pour apprendre de lui, pour qu'il nous donne son mode d'emploi.
**Gérald :** Moi je suis plutôt sur un principe où on peut avoir un mode d'emploi un peu général, mais *in fine*, la personne qui connaît vraiment son mode d'emploi, c'est l'autre, même s'il ne le connaît pas consciemment. Mais en tout cas, c'est son mode d'emploi à lui. Je peux avoir des éléments qui vont me permettre de naviguer à l'intérieur, parce que par exemple, sauf cas exceptionnel, on a deux grands moteurs, l'un qui est lié à fuir la peur et l'autre qui est lié à obtenir du plaisir. Ces deux moteurs-là impactent sur les mécanismes des personnes. Donc ceux-là on sait que c'est présent chez les humains. Après, le contenu intrinsèque à qu'est-ce qui est attaché à la peur chez l'un, qu'est-ce qui est attaché au plaisir chez l'autre, c'est différent. C'est différent.
**Gérald :** Donc je sais qu'a priori j'ai des mécanismes d'attraction et de répulsion. Qu'est-ce qu'il y a à l'intérieur ? Ça va être différent. Et la métacroyance, elle va regrouper toutes ces petites croyances qui à un moment donné vont me permettre de comprendre le process de l'individu, un peu comme pour celui qui s'occupe des tuyaux, le plombier : quand il a une arborescence, c'est facile ensuite de mettre du lien. Là on va demander à l'autre, on va récupérer chez l'autre son mode d'emploi et à un moment donné on va avoir des points de connexion qui font que... Ah OK c'est bon, j'ai le processus. Après l'origine du processus en termes de quand est-ce que ça s'est créé, c'est un autre sujet, mais a minima la compréhension de qu'est-ce qui se passe chez lui au moment où cette problématique est active, au moment où il vient nous voir et il a tel ou tel problème, qu'est-ce qui se passe en elle qui l'amène à cet endroit-là en termes de mécanisme interne ? Mécanismes cognitifs, émotionnels, comportementaux, liés aussi aux capacités, aux croyances. C'est ça qui va nous intéresser, son mode d'emploi à elle.
**Gérald :** Et les croyances sont très utiles et les valeurs sont extrêmement importantes parce qu'elles regroupent un ensemble de croyances. C'est une métacroyance. Je répète, nous sommes bien sur des croyances individuelles et pas des croyances collectives. Nous sommes bien sur des valeurs obsessives, c'est-à-dire que la personne est mue par cette valeur. Elle se définit à travers cette valeur-là, même si elle n'en a pas conscience. Quand elle est présente à la valeur géniale, quand elle est absente ça manque et donc elle court après l'obtention de cette valeur. C'est pour ça qu'on retrouve notre petit [incertain : gland / graal] au niveau de cet étage des croyances. C'est comme si finalement la valeur était un [incertain : gland / graal] après lequel on court comme Scrat court après son gland. Nos glands à nous sont conceptuels, sont liés à des qualités qu'on aimerait acquérir, comment on aimerait être vus, et ces valeurs sont en lien avec l'image sociale.
**Gérald :** Comment est-ce que j'aimerais que l'autre me perçoive, mais pas comment est-ce que j'aimerais que l'autre me perçoive consciemment ? Ce serait trop beau, j'aurais la main dessus. Là on est sur des mécanismes inconscients, des mécanismes qui... je n'ai pas le choix, c'est plus fort que moi. C'est ça qui m'oblige à dire non ou à dire oui quand je pense non ou à dire non quand je pense oui, c'est ça qui m'oblige. Ce matin, l'exemple avec les poissons sont dans la mer : quand je demande à ce que les seules réponses soient oui ou non, il y en a qui commencent à saisir des réponses parce qu'ils ont trouvé la bonne solution. Problématique d'image sociale : montrer que nous on est grand, on est fort, on est beau, on a trouvé la solution et qu'on est un bon élève. Ça, c'est des mécanismes qui nous meuvent de manière automatique et où on n'en a pas conscience au moment où ça se met en place. Si c'est le cas, je n'ai pas dit que c'était forcément le cas, mais ça peut être des mécanismes qui vont faire que on est en train de regarder une situation d'une certaine manière. Tout ça c'est intéressant parce que quand on commence à l'identifier chez l'autre et que c'est validé par l'autre, on commence à avoir son mode d'emploi. Quand on a son mode d'emploi, ça nous donne assez régulièrement le mécanisme qui fait qu'il est là où il est. C'est en ça qu'elles sont vraiment essentielles ces valeurs.
**Gérald :** OK, bon tant mieux, ça laisse juste place à la réflexion tout simplement. Pardon, ça laisse juste place à la réflexion simplement je pense, ou à l'acquisition, c'est une bonne chose, très bien. Et pour être au moins pour tempérer, on a tous ces mécanismes-là, c'est-à-dire que ce n'est pas réservé aux gens qui ne vont pas bien. On a tous ces mécanismes-là. Après, chacun va avoir un contenu différent, le contenant est le même, le contenu va être différent selon les individus. Et il y a des moments où on vit merveilleusement bien avec ses valeurs. Elles fonctionnent, ça se passe très bien, génial. Il y a des moments où ça se grippe et où ça amène... ça a des conséquences. C'est sur celles-là qu'on va agir. L'objet ce n'est pas de supprimer ces valeurs, ce serait dommage. C'est un moteur, c'est aussi un moteur puisque c'est motivationnel, c'est bien d'avoir des moteurs.